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Review

Classik Forum: CD Review – SPIRITO

Et force est de reconnaître que Marina Rebeka s'empare de ces pages, ô combien difficiles, avec un aplomb vocal, technique et stylistique absolument remarquable.

Marina Rebeka – Spirito (CD)

 

10 Novembre 2018

 

Autant le récent album belcantiste de Venera Gimadieva est particulièrement sujet à caution, autant celui de Marina Rebeka, sorti hier, est une immense réussite.Y sont réunies toutes les qualités vocales intrinsèquement requises pour aborder ce répertoire si complexe et si exigeant: une voix large et percutante, un timbre corsé, un ambitus long où le grave a le bon goût de ne pas être écrasé et où le medium prégnant et noble laisse s’envoler un aigu et un suraigu fermes et lumineux, une technique de haut vol et une maîtrise stylistique incontestable. Autant dire que ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas eu un album belcantiste de soprano où toutes les composantes du socle indispensable pour chanter ces compositeurs étaient réunies.Et force est de reconnaître que Marina Rebeka s’empare de ces pages, ô combien difficiles, avec un aplomb vocal, technique et stylistique absolument remarquable. La vocalisation, la maîtrise des sauts de registre, la tenue du legato, le sens des variations (à plus d’une reprise on sent qu’elle a écouté Beverly Sills notamment dans la prière de Stuarda!) et de l’ornementation, la gestion d’un souffle long et inépuisable, tout magnific au plus haut degré ces pages splendides dévolues à Norma, Imogène, Maria Stuarda, Anna Bolena et Julia.

L’incarnation dramatique se situe au même niveau et il est assez fascinant de voir comment Rebeka parvient à s’approprier ces 5 portraits en restituant le caractère propre de chaque scène: l’air d’entrée de Norma, la conclusive scène de folie d’Imogène, la scène finale des adieux émouvants de Maria avant son exécution, la scène finale de folie de Bolena avant son exécution elle aussi et l’air conclusif de l’acte 2 de La Vestale où Julia avoue son crime et accepte le châtiment divin. Langueur, colère, révolte, désespoir, impuissance, acceptation du sacrifice, noblesse, toute cette palette expressive, indispensable pour restituer la grandeur de ces héroïnes tragiques, se voit ici traduite avec un réel sens du relief et, au regard de ces 20 dernières années, c’est suffisamment rare (d’autant plus que nous sommes en studio et dans le contexte non pas d’une intégrale mais d’un album où nous savons très bien qu’il est toujours assez difficile de restituer la “théâtralité ” des personnages dont on ne chante, par la force des choses, que des extraits!) pour qu’on le souligne.

Elle est par ailleurs portée par l’orchestre et les chœurs du Teatro Massimo de Palerme, magnifiquement dirigés par Jader Bignamini dont on perçoit parfaitement qu’il a, lui aussi, le sens de cette musique.

Rajoutons à cela des partenaires efficaces et une prise de son splendide.

Petit bémol toutefois qui devrait se solutionner avec le travail: si l’articulation de l’italien est tout à fait satisfaisante, celle du français n’est pas impeccable! Les consonnes un peu estompées enlèvent un peu de mordant au texte…

Les albums Mozart et Rossini de Marina Rebeka étaient déjà de belles réussites! Celui-là élève brillamment la barre encore plus haut et ne peut que faire attendre avec impatience les prochains projets discographiques.

 

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