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Review

CULTURE 31 – REVIEW – NORMA -THÉÂTRE DU CAPITOLE – TOULOUSE

Les moyens vocaux sont de tout premier ordre. Ils sont indispensables pour aborder, sublimes cantilènes, passages de haute virtuosité et moments de forte intensité dramatique. La confondante facilité de l’aigu et du suraigu, elles l’ont. (...) L’agilité, aussi (...) Une puissance assez remarquable pour une voix de cette nature, et, cerise sur le gâteau, une façon de rendre compte des tourments du dedans et des vertiges de la profondeur, très prometteuse, avec une ampleur dramatique saisissante qui, au fil des représentations, sera de plus en plus marquante, à n’en pas douter. Le public ne s’y est pas trompé, tout ahuri d’une telle prestation globale.

Quand l’opéra mène à tout. Norma embrase le Capitole

 

29 septembre 2019
Michel Grialou

 

IL y avait belle lurette qu’on n’avait pas vu les habitués du public de Première ainsi “scotchés“ à leur fauteuil, ne se lassant pas de manifester leur enthousiasme, dès le rideau tombé. Une ouverture de saison idéale. Un faisceau d’éléments qui rend un ensemble tutoyant les cimes. 

Et rebelote pour la Première avec une seconde distribution qui ne varie que très peu, après quelques soubresauts. Voir plus loin.  

« Regardez-la à genoux, cette douleur de femme ensevelie dans la lumière. Cela n’aurait pas commencé si je ne l’avais baisée au milieu du cœur » fait dire Paul Claudel à la Lune dans le Soulier de Satin.Anne Delblée 

On se replongera dans ma page annonce tout comme dans celle de Jérôme Gac . Il vous sera très profitable d’aller consulter sur le site du Théâtre les quelques mots de la metteure en scène Anne Delblée qui vous éclaire, c’est le moins qu’on puisse dire, sur sa perception de l’opéra Norma. 

Alors, les tableaux successifs vous étonneront moins et vous arriverez à la même conclusion qu’une grande majorité de spectateurs : c’est ça que l’on veut voir pour un opéra pourtant du genre plutôt statique, c’est certain. (mise à part, à mon goût, certaines interventions parlées sur la musique elle-même de Norma). Après, c’est un magnifique travail de théâtre sur mise en scène, décors, costumes et, pièce maîtresse, les lumières de Vinicio Cheli. Les vidéos d’Émilie Delblée sur les deux jeunes enfants vous mouilleront les yeux, c’est obligé. Un travail qui sert d’écrin à la musique et au chant, une denrée plutôt rare. 

Le côté Théâtre étant vu et apprécié, passons à la musique, en précisant auparavant qu’aucun passage avec chant n’est pollué par une fantaisie de mise en scène. «Quand la lumière s’est faite musique.» Guido Pannain, ou encore, de Richard Wagner: «Tous les adversaires de la musique italienne rendront justice à cette grande partition, se disant qu’elle parle au cœur, qu’elle est l’œuvre d’un génie.». Les Chœurs, magnifiquement préparés par Alfonso Caiani, et les musiciens de l’Orchestre, tous, dans la fosse et dans les coulisses, sont, une fois de plus, irréprochables, menés de main de maître par un chef omniprésent, Gianpaolo Bisanti, chantant et dansant sur sa petite estrade, réglant ce flot musical et scénique avec un brio étourdissant.  

Et maintenant le chant. La trilogie de cette Première, Rebeka – Deshayes – Hernandez est un miracle. Celle du lendemain avec Kolonits, idem. Karine Deshayes assure les huit représentations: quel challenge. Peut-on oser affirmer que c’est une des plus belles Adalgisa du moment? Vocalement et scéniquement. Une technique formidable, un art du bel canto admiré, richesse du timbre, beauté du phrasé. Peut-être quelques aigus un peu trop forte, mais c’est une jeune vierge volontaire qui résiste finalement à un “tombeur“ romain, chef des oppresseurs, et qui doit affronter aussi la grande prêtresse.  

Quant à Airam Hernandez, crânement, pour une prise de rôle dans Pollione, voilà notre jeune ténor qui va mourir sur le bûcher dans huit représentations sans oublier la Générale. Quel toupet! et quelle chance en même temps car, on va d’abord lui souhaiter ardemment, qu’il arrive à la dernière, mais c’est la voix et le timbre séduisant du jeune ténor préromantique qu’on semble attendre depuis 1831, après tant de braillards, mis à part à mon goût, encore une fois, un certain Franco Corelli. Il ne vous a pas échappé que le rôle du point de vue vocal est de grande difficulté. Loin des stentors inépuisables, un physique adéquat, chantant juste, Airam Hernandez est d’une humanité et d’une fragilité confondantes, tout en manifestant l’assurance nécessaire dans les duos et trios.  

Pour ce retour triomphal sur la scène “capitoline“, on se retrouve avec, pas une, mais deux Norma!! le rôle des rôles a trouvé, chacune avec ses qualités, deux interprètes qui peuvent le garder à leur répertoire, Marina Rebeka et Klara Kolonits. Les moyens vocaux sont de tout premier ordre. Ils sont indispensables pour aborder, sublimes cantilènes, passages de haute virtuosité et moments de forte intensité dramatique. La confondante facilité de l’aigu et du suraigu, elles l’ont. (elles chantent le “Casta diva “ dans la tonalité prévue à l’origine par Bellini, ou alors mes oreilles m’ont trahi). L’agilité, aussi, peut-être plus l’une que l’autre mais on ne vous signalera pas laquelle. Une puissance assez remarquable pour une voix de cette nature, et, cerise sur le gâteau, une façon de rendre compte des tourments du dedans et des vertiges de la profondeur, très prometteuse, avec une ampleur dramatique saisissante qui, au fil des représentations, sera de plus en plus marquante, à n’en pas douter. Le public ne s’y est pas trompé, tout ahuri d’une telle prestation globale.  

C’est enfin plus facile quand, miracle d’une distribution très étudiée!! le timbre de Norma s’accorde si bien avec celui d’Adalgisa, et même de Pollione. Quant à Oroveso, foin des Oroveso séniles. La basse Balint Szabo en dressant un portrait convaincant, sans exagération, tel qu’on le souhaite, une belle pâte vocale pour un solide chef des druides tandis que Julien Véronèse se reprend fort bien dans l’acte II, lors de sa représentation de ce même chef. Dans Clotilde, Andreea Soare et François Almuzara dans Flavio assurent au mieux leurs interventions autant vocales que scéniques. Valentin Fruitier a le rôle ingrat du Grand Cerf blanc et du Barde, sur une idée d’Anne Delblée

Renseignez-vous pour les représentations à venir, et n’oubliez pas qu’on attendait le retour de la Grande Prêtresse au Capitole depuis plus de quarante ans!!!  

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