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Review

DIAPASON – REVIEW – GUILLAUME TELL – ROSSINI FESTIVAL / PESARO

Marina Rebeka relève le défi, avec un chant sur le souffle, un art de la coloration, un délié de la vocalise, une ligne ciselée.

Un jour, une vidéo : Guillaume Tell de Rossini au Festival de Pesaro

 

16 avr 2020
Didier Van Moere

 

Avec Juan Diego Florez, Nicola Alaimo et Marina Rebeka en tête de distribution, cette version originale française est portée au triomphe par l’expert Michele Mariotti.  

Après une production à Bad Wildbad captée par Naxos, 2013 nous vaut un autre Guillaume Tell, cette fois à Pesaro, désormais la référence. On n’adhère pourtant pas à la mise en scène de Graham Vick qui transforme en lutte des classes le combat pour l’indépendance : voici la glèbe asservie, à la fin du règne de François-Joseph, dressée poing levé contre une bourgeoisie arrogante, avec un Arnold militaire rebelle prenant le train de la révolution en marche après l’assassinat de son père. Le pittoresque pastoral, les montagnes suisses ? Simple sujet d’un film dont les dictatures ont le secret. Ce sont ces grandes scènes d’ensemble, où se déchaîne la violence de l’oppresseur, que l’Anglais réussit le mieux, alors que sa direction d’acteurs ne va pas chercher très loin lorsqu’il s’agit d’entrer dans les coeurs partagés entre l’amour et le devoir – il est vrai aussi que Juan Diego Florez demeure scéniquement limité. Mais la modernité de la chose semble avoir quelques décennies de retard, sans parler des chorégraphies ridicules.  

Musicalement, en revanche, on situe très haut cette version originale française intégrale – quatre heures de musique. Regrettons seulement que certains rôles secondaires révèlent une incompatibilité foncière avec la prosodie (Gesler, superbe basse pourtant, le Leuthold et le Chasseur de Wojtek Gierlach, belle clef de fa aussi). Fils de l’excellent Melcthal d’Alberghini, l’Arnold de Juan Diego Florez est idéal par le rayonnement du timbre, l’aisance de la projection, l’homogénéité d’une tessiture qui, au-delà d’un aigu insolent, garde sa chair dans le médium, et le modelé patricien des phrasés. Mathilde était le point faible de la version Naxos : Marina Rebeka relève le défi, avec un chant sur le souffle, un art de la coloration, un délié de la vocalise, une ligne ciselée.  

Nicola Alaimo confirme en Tell ses qualités de styliste, quitte à garder une certaine réserve, associé au Fürst bien campé de Simon Orfila. Et le Jemmy classe d’Amanda Forsythe nous fait oublier les petits Dugazon de service. La direction très vivante, aux couleurs raffinées de Michele Mariotti, trouve l’équilibre entre le souffle du grand opéra, en particulier dans les finales, les effluves de l’élégie pastorale et les épanchements de la passion amoureuse.

 

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