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Review

DIAPASON – REVIEW – NORMA -THÉÂTRE DU CAPITOLE – TOULOUSE

La Lettonne Marina Rebeka est sculpturale, respirant en scène une majesté brune qu'accompagne l'autorité peu commune du chant. Son soprano large et délié, projeté, au timbre volontiers sombre mais à l'éclat fulgurant, embrasse toute la tessiture en dispensant des prodiges de dynamique.

Norma de Bellini au Capitole de Toulouse: demandez la lune

 

30 sept 2019
Jean-Philippe Grosperrin

 

Absente depuis si longtemps de la scène du Capitole, Norma y revient avec le luxe de deux titulaires extraordinaires du rôle-titre. 

La Lettonne Marina Rebeka est sculpturale, respirant en scène une majesté brune qu’accompagne l’autorité peu commune du chant. Son soprano large et délié, projeté, au timbre volontiers sombre mais à l’éclat fulgurant, embrasse toute la tessiture en dispensant des prodiges de dynamique. Interprétation exceptionnelle, délibérément altière: face à Pollione elle sait mettre dans sa voix ce «pleur déchirant» stipulé par Bellini, mais «Qual cor tradisti» est trop héroïque sans doute et les trilles con furore sont escamotés.  

La Hongroise Klara Kolonits est vocalement moins parfaite, même si son «Casta diva» flotte avec une extase supérieure (et quel trille!). Le grave est maigre (alla Sills), le medium offre des aspérités sauvages qui intéressent, quand l’aigu, d’une suavité d’or, se montre libre autant que chaleureux, avec cent nuances (on l’imagine sans peine dans Les Puritains). L’incarnation est moins noble que chez sa consœur, mais souvent plus sentie, dressant une figure d’abord humaine et vulnérable: «Oh non tremare» est meurtri avant d’être vindicatif, «Son io» est fantastique, comme toute la catharsis finale.  

Heureux le théâtre capable d’offrir à ce niveau d’excellence deux titulaires du rôle aussi complémentaires! Les partenaires ne dérogent pas, y compris les chœurs et Clothilde (Andrea Soare, exemplaire), mais excepté Julien Véronèse, trivial et sans ligne en Orovèse, quand Balint Szabo s’impose par sa rigueur. Opulente et experte, Karine Deshayes gratifie les deux Norma de la meilleure Adalgise possible, avec un alliage dans les duos remarquable à chaque fois. La révélation vient du Pollione d’Airam Hernandez, qui chante avec une flamme claire, un style sans faille et une éloquence capitale ici.  

Pas de grande Norma pourtant sans une intelligence poétique en fosse. C’est le cas avec Giampaolo Bisanti, jamais machinal, qui ne sacrifie ni la définition rythmique ni la profondeur évocatrice des coloris (les musiciens du Capitole y pourvoient), avec de l’élégance et de la mélancolie même là où on ne les attend pas. Du grand art.  

On n’en dira pas autant de la mise en scène d’Anne Delbée, qui promettait une tragédie racinienne sous la lune sacrée. Éclairé avec raffinement par Vinicio Cheli, le spectacle, pas toujours bien réglé ou dérisoire (l’incendie final), abandonnant d’ailleurs les acteurs aux gestes les plus convenus, se déroule dans une contradiction permanente entre la quête d’épure et l’encombrement: accessoires piteux (les roses rouges!), vidéos qui ne le sont pas moins (les enfants bien sûr, le torse nu sorti d’une pub pour parfum).  

Mais l’intolérable est atteint avec l’acteur maniéré, omniprésent, qui figure un barde ou le Cerf Blanc des croyances celtiques, car c’est de celles-ci qu’Anne Delbée a tiré une kyrielle de formules sonorisées à outrance, qui viennent dès l’ouverture maculer par leur prophétisme de pacotille les moments lunaires de Bellini.

 

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