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Review

RES MUSICA – REVIEW – DONIZETTI’S QUEENS IN CONCERT – DE NATIONALE OPERA

La soprano est souveraine dans le langage du belcanto, sachant parfaitement lier chaque acrobatie vocale à la personnalité dramaturgique qu’elle fait vivre par son chant. L’agilité est menée avec force et panache pour retranscrire musicalement ces femmes fortes et puissantes qui placent leur devoir au-dessus de leurs propres sentiments, au point de se détruire par ce choix. La virtuosité n’est pas ici vide de sens, jusqu’au souffle dramatique de la chanteuse d’une grande solidité dans les extrêmes, avec un art de la ligne et une qualité du legato qui enthousiasment.

Les reines de Donizetti en concert au Dutch National Opera

 

Charlotte Saulneron

May 17, 2021

 

Présenter un récital autour des reines Tudor de Donizetti n’est pas d’une grande originalité, Diana Damrau en a d’ailleurs proposé récemment un portrait vivant dans son dernier enregistrement. Mais avec le bel canto, on est quasiment certain de toucher les amoureux de l’art lyrique en grand nombre.  

Le récital donné par le Dutch National Opera est l’occasion de présenter les solistes de cette production, Marina Rebeka, J’Nai Bridges, Ismael Jordi, Roberto Tagliavini tel un «teasing» des prochaines affiches de l’institution lyrique. A leur côté, trois artistes du Dutch National Opera Studio: Frederik Bergman (baryton-basse), Maksym Nazarenko (baryton), et Maya Gour (soprano), soit un bon équilibre entre rayonnement mondial avec des têtes d’affiche, et touche locale avec des artistes soutenus par la maison néerlandaise.  

Avec l’ouverture de Roberto Devereux, ce n’est pas l’actuelle Reine d’Angleterre qui est ici mise à l’honneur, même si le God save the queen est facilement reconnaissable pour toute oreille contemporaine. Voici en fait le troisième portrait lyrique d’Elisabeth Ier que peint Gaetano Donizetti après Elisabetta al castelo de Kenilworth en 1829, et Maria Stuarda en 1834. La phalange menée par Enrique Mazzola, affirme dès les premières minutes de ce concert une énergie maîtrisée pour installer des climats crépitants, une intensité impressionnante que le Netherlands Chamber Orchestra sait calibrer tout au long de la représentation avec un agréable équilibre.  

Le chœur de la maison lyrique est en parfaite cohérence avec les forces musicales du plateau, même si celui-ci est réparti à bonne distance, sur les sièges initialement réservés à des spectateurs absents. Les choristes proposent une belle homogénéité de groupe ainsi qu’une précision sans faille à chacune de leur intervention. La qualité de cette prestation est accompagnée d’une main de maître par le réalisateur néerlandais Jetske Mijinssen qui a su installer à grand renfort de caméras (neuf !), une ambiance sombre et élégante avec lumière tamisée noir-dorée et bon nombre de bouquets de bougies disposés ça et là sur scène comme en salle.  

Marina Rebeka, assure naturellement les rôles d’Anna Bolena, Maria Stuarda et Elisabetta. La soprano est souveraine dans le langage du belcanto, sachant parfaitement lier chaque acrobatie vocale à la personnalité dramaturgique qu’elle fait vivre par son chant. L’agilité est menée avec force et panache pour retranscrire musicalement ces femmes fortes et puissantes qui placent leur devoir au-dessus de leurs propres sentiments, au point de se détruire par ce choix. La virtuosité n’est pas ici vide de sens, jusqu’au souffle dramatique de la chanteuse d’une grande solidité dans les extrêmes, avec un art de la ligne et une qualité du legato qui enthousiasment. Marina Rebeka se révèle déchirante dans le joyau «Al dolce guidami» (Anna Bolena). 

La voix montante J’Nai Bridges, mezzo-soprano forte d’un timbre ambré, ne manque pas de caractère, celle-ci étant chargée de dépeindre les rivales de chaque héroïne précédemment évoquée. Le lyrisme du ténor Ismael Jordi convient parfaitement aux émois des hommes amoureux qu’il dépeint. Avec son timbre de miel, le chanteur transmet une ardeur touchante, le vocabulaire donizettien étant mené avec maîtrise, finesse et beaucoup d’expressivité («Vivi tu, te ne scongiuro», Anna Bolena). Roberto Tagliavini sait, quant à lui, imposer avec vaillance le cruel Henry VIII en déployant une basse ronde et claire, soutenue par une prestance fière et solide.  

A leur côté, autant dans le finale de Maria Stuarda «Quale in Sulto», que dans le finale d’Anna Bolena, «In quegli sugardi impresso, les jeunes talents du Dutch National Opera Studio tiennent le rang que leur impose ces têtes d’affiche complémentant une distribution de belle ampleur pour ce récital élégant et intense.

 

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