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Review

RESMUSICA – REVIEW – NORMA -THÉÂTRE DU CAPITOLE – TOULOUSE

L’artiste lettone (...) avec une amplitude de spectre aussi impressionnante que sa gestion du souffle. Le legato parfait sur toutes les vocalises magnifie aujourd’hui l’air Bello a me ritorna, encore plus abouti en live

Marina Rebeka et Karine Deshayes enflamment Norma au Capitole

 

3 octobre 2019
Vincent Guillemin

 

Pour sa première production d’une saison vocale extrêmement prometteuse, le Théâtre du Capitole de Toulouse offre à son public la splendide Norma de Marina Rebeka face à la magnifique Adalgisa de Karine Deshayes, sous une direction pleine de nerfs du chef italien Giampaolo Bisanti. 

Peu représenté lors des décennies passées, car il manquait des chanteuses pour aborder un rôle-titre trop marqué par l’ombre tutélaire de la Callas, Norma revient régulièrement ces dernières années, en France comme ailleurs, où les récentes productions du Théâtre des Champs-Elysées, celle de Nice puis Rennes – en Bretagne avec une Adalgisa soprano, comme écrit à l’origine – ou encore les reprises actuelles à Stuttgart ou New-York ont montré la possibilité de jouer un tel ouvrage sans risquer le fiasco.  

C’est donc au tour de Toulouse de présenter à nouveau le chef-d’œuvre de Bellini, quarante ans après sa dernière apparition au Capitole, avec deux Norma, dont celle de Marina Rebeka. L’artiste lettone, découverte il y a environ dix ans, a pris une nouvelle envergure ces dernières années en s’attachant petit à petit à un répertoire de grand soprano lyrique, avec une amplitude de spectre aussi impressionnante que sa gestion du souffle. Le legato parfait sur toutes les vocalises magnifie aujourd’hui l’air Bello a me ritorna, encore plus abouti en live que pour son récent récital au CD, et si le vibrato se montre parfois légèrement trop marqué, il n’altère jamais un chant plein, déployé sans férir jusqu’au sublime contre-ré. La couleur sombre du timbre dans de nombreuses parties rapproche souvent Rebeka de l’autre prêtresse, avec laquelle elle offre deux duos enflammés, avant de s’éteindre dans un bûcher imagé.  

Karine Deshayes nous convainc d’autant plus que l’on avoue être parfois resté circonspect sur certaines prestations, tandis que sa récente prise de rôle d’Adalgisa au Teatro Real avait suscité de nombreuses louanges. Le style de bel canto à la française exploité à plein et la souplesse du chant s’accordent à un personnage bien dessiné dans sa fragilité, pourtant peu aidé, comme le reste du plateau, par l’absence flagrante de direction d’acteur. Aux splendides duos avec Norma s’ajoute un air Sgombra è la sacra selva magnifiquement porté jusqu’à l’aigu, d’autant plus impressionnant que contrairement à la grande prêtresse prévue pour deux sopranos en alternance, Deshayes chante seule les huit représentations toulousaines et aborde le dimanche sa troisième Adalgisa en quatre jours. Le ténor Airam Hernández subit le même sort après la défection de Martin Muehle, d’abord prévu pour le soulager sur deux soirs, et s’il commence plus doucement son Pollione par l’aria Meco all’ altar di Venere, autant qu’il ne cherche jamais à atteindre la dernière octave, il gagne en puissance à mesure que la soirée avance pour se projeter encore avec éclat à la scène finale. Du reste du cast, les graves de Bálint Szabó ne marquent pas, et nous aurions été curieux d’entendre Julien Véronèse, en alternance avec lui, tandis que se démarque en revanche le style ample et parfaitement contrôlé de la Clotilde d’Andreea Soare, récente nymphe à l’Opéra Bastille.  

Attisées par une vigueur de chaque instant, les flammes du plateau profitent à plein de la battue de Giampaolo Bisanti, chef milanais qui nous avait déjà intrigué par son énergie lors d’une Aida de répertoire à Berlin puis pour sa Lucia bâloise. Il parvient à dynamiser les forces pourtant peu nombreuses en fosse du Capitole de Toulouse, avec une mention spéciale pour la flûte solo, excellente sous un Casta Diva de grande agilité pour elle comme pour la soprano. A cette qualité musicale globale ne s’accorde malheureusement pas la mise en scène de la vétérane Anne Delbée, certes sans doute habituée à traiter Shakespeare et autres drames depuis une quarantaine d’année, à une époque où le costume et l’épée pouvaient suffire à faire croire, en y ajoutant quelques textes vides, à une modernité de bon aloi. Par cette proposition à laquelle ni le décor froid d’Abel Orain, ni les sculptures grossières de Vincent Lievore n’apportent rien, on gagne beaucoup trop peu pour magnifier totalement le drame de Norma, mais on perd trop peu aussi pour altérer la ferveur des musiciens et chanteurs de cette magnifique prestation.

 

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