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Review

Opéra Magazine: CD Review – SPIRITO

Pourtant, venant après Callas, Gencer, Sutherland, Sills, Caballé ou Devia, encore dans toutes les mémoires, la soprano lettone trouve une place qui n’a rien de modeste.

GUIDE: CD

 

MARINA REBEKA: Spirito – Norma, Il pirata, Maria Stuarda, Anna Bolena, La Vestale Irene Savignano (mezzo-soprano) – Marco Ciaponi (ténor) – Francesco Paolo Vultaggio, Gianluca Margheri (basses) – Orchestra e Coro del Teatro Massimo di Palermo – dir. Jader Bignamini1 CD Prima Classic PRIMA 001

 

Décembre 2018
Pierre Cadars

 

Malgré un titre passe-partout, pouvant convenir à bien des programmes, ce disque, gravé en studio, en juillet 2018, échappe à la banalité de nombre de récitals qui se contentent de réunir quelques pages célèbres. Bellini, Donizetti et Spontini y figurent avec certaines de leurs oeuvres les plus marquantes, heureusement illustrées par des
scènes complètes, en lieu et place d’airs détachés. 

Autant dire que, pour Marina Rebeka, l’enjeu est de taille, car comment aborder aujourd’hui Norma, Il pirata, Maria Stuarda, Anna Bolena et La Vestale sans se mesurer avec celles qui l’ont précédée, avec éclat, sur ce terrain? Pourtant, venant après Callas, Gencer, Sutherland, Sills, Caballé ou Devia, encore dans toutes les mémoires, la soprano lettone trouve une place qui n’a rien de modeste. Dans le «Casta diva» introductif, on craint que cette voix, à la discipline impeccable, manque d’une identité immédiatement reconnaissable. Sans être banal, le timbre n’a pas immédiatement la force d’une signature. Et puis, dans la durée comme dans l’architecture de chacun des morceaux, émerge progressivement une authentique personnalité. 

Les scènes finales d’Anna Bolena, de Maria Stuarda et d’Il pirate apportent ainsi le vibrant témoignage d’une science accomplie des dynamiques, débouchant sur une juste variété d’expressions et de sentiments. Épanchements pathétiques et ornementations fulgurantes y trouvent leur équilibre, sans que jamais l’émotion la plus charnelle ne fasse défaut. 

Grâce également à l’excellente direction de Jader Bignamini, la vie du théâtre, avec ses tensions et ses éclats, passe dans ce programme. Et l’on mesure alors à quel point ce récital, comparé aux Mozart Arias de Warner Classics et Rossini Arias de BR Klassik, s’avère le plus concluant de Marina Rebeka, celui qui porte le mieux témoignage de ce dont elle est capable aujourd’hui.

 

(5 étoiles)